Retraite anticipée en Suisse : ce qu’elle coûte vraiment
AVS dès 63 ans avec 6,8 % de moins par année, caisse de pension dès 58 ans, 3a dès 60 : ce que coûte un départ anticipé, et comment le financer.
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En Suisse, on peut toucher sa rente AVS dès 63 ans, avec une réduction de 6,8 % par année d’anticipation, à vie. La caisse de pension permet de partir dès 58 ans si son règlement le prévoit, avec une rente plus basse. Le 3a se retire dès 60 ans. Partir deux ans plus tôt coûte, dans notre exemple, environ 13 % de rente jusqu’à la fin de ses jours, et il faut continuer à cotiser à l’AVS jusqu’à 65 ans.
À partir de quel âge peut-on partir ?
| Pilier | Au plus tôt | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| AVS | 63 ans (62 ans pour les femmes nées de 1961 à 1969) | Rente réduite à vie, selon le nombre de mois d’anticipation |
| Caisse de pension | 58 ans, si le règlement le prévoit | Moins d’avoir, souvent un taux de conversion plus bas |
| 3e pilier (3a) | 60 ans | Retrait sans pénalité, seulement l’impôt sur le capital |
L’âge de référence est de 65 ans pour tous depuis la réforme AVS 21, avec une hausse par étapes pour les femmes nées de 1961 à 1963. C’est à cet âge que la rente AVS est versée sans réduction.
L’AVS anticipée : 6,8 % de moins par année, pour toujours
La rente peut être anticipée au mois près, de 1 à 24 mois. En 2026, elle est réduite de 6,8 % par année d’anticipation : 13,6 % pour deux ans. Cette réduction ne disparaît pas à 65 ans, elle dure toute la retraite. La 13e rente, qui vaut un douzième des rentes de l’année, est calculée sur la rente réduite.
- Anticipation partielle. Depuis 2024, on peut n’anticiper qu’une part de la rente, entre 20 % et 80 %. Seule cette part est réduite. Utile pour réduire son temps de travail sans tout arrêter.
- Femmes nées de 1961 à 1969. Elles peuvent anticiper dès 62 ans, avec des taux de réduction plus favorables selon leur revenu. Certaines, aux revenus modestes, n’ont aucune réduction.
- Pas de rente pour enfant pendant l’anticipation.
- La demande se fait auprès de la caisse de compensation, au plus tard le mois précédent ; trois à quatre mois avant est plus sûr. Aucun effet rétroactif.
Continuer à cotiser à l’AVS jusqu’à 65 ans
C’est la règle que beaucoup découvrent tard : arrêter de travailler ne dispense pas de cotiser. Jusqu’à l’âge de référence, vous payez l’AVS comme personne sans activité lucrative, que vous touchiez déjà votre rente ou non. Ces cotisations comptent dans le calcul final de la rente à 65 ans.
Le montant dépend de votre fortune et de vos rentes : la caisse de compensation prend la fortune, y ajoute vingt fois vos rentes annuelles, dont celle de la caisse de pension, et applique un barème. Le minimum est de 530 francs par an ; avec une rente de caisse et un capital, c’est souvent plusieurs milliers de francs. Si vous êtes marié et que votre conjoint travaille encore en payant au moins le double du minimum, vos cotisations sont en principe couvertes.
La caisse de pension : moins d’avoir, un taux plus bas
La loi fixe l’âge minimal à 58 ans (OPP 2, article 1i), mais c’est le règlement de votre caisse qui dit si et comment vous pouvez partir avant 65 ans. Le projet AVS 2030 propose de relever progressivement cet âge minimal à 63 ans ; rien n’est décidé. Partir plus tôt réduit la rente de deux façons :
- Moins d’avoir : les dernières années de cotisation, les plus fortes (18 % du salaire coordonné après 55 ans au minimum légal), et leurs intérêts manquent.
- Un taux de conversion plus bas : la rente devant durer plus longtemps, la caisse applique un taux réduit, souvent de quelques dixièmes de point par année d’anticipation. Votre règlement donne le vôtre.
Trois mécanismes peuvent aider. Certaines caisses versent une rente-pont AVS jusqu’à 65 ans, financée par l’employeur ou par votre propre avoir. Beaucoup permettent des rachats supplémentaires pour compenser la réduction d’une retraite anticipée (OPP 2, article 1b ; voir rachat LPP), avec la règle des trois ans avant tout retrait en capital. Et le choix entre rente et capital se pose de la même façon (voir rente ou capital).
Si votre employeur vous licencie après 58 ans, vous pouvez rester assuré dans votre caisse, en payant vous-même les cotisations (LPP, article 47a), plutôt que de transférer votre avoir sur un compte de libre passage.
Ce que ça coûte : un exemple
Reprenons le salarié fictif du guide 2e pilier (LPP) : 80 000 francs de salaire, une carrière complète, une caisse de pension au minimum légal, sans intérêts. Nous supposons que sa caisse baisse le taux de conversion de 0,2 point par année d’anticipation.
| Départ à | Rente AVS | Rente de caisse | Total par mois |
|---|---|---|---|
| 65 ans | 2 360 | 1 517 | 3 877 |
| 64 ans | 2 200 | 1 419 | 3 619 (- 258, soit - 7 %) |
| 63 ans | 2 040 | 1 325 | 3 365 (- 512, soit - 13 %) |
L’avoir de caisse passe de 267 700 francs à 65 ans à 258 063 à 64 ans et 248 426 à 63 ans, converti à 6,8 %, 6,6 % et 6,4 %. Partir à 63 ans coûte ici un peu plus de 500 francs par mois, pour toute la retraite : plus de 120 000 francs sur vingt ans. Il faut y ajouter deux années de salaire en moins, et les cotisations AVS à payer sans salaire. C’est le prix réel d’une retraite anticipée, et il se prépare des années avant.
Anticiper l’AVS, ou faire le pont ?
On peut arrêter de travailler à 63 ans sans anticiper l’AVS : on vit deux ans sur son 3a ou son épargne, et la rente AVS arrive entière à 65 ans. Dans l’exemple, ne pas anticiper coûte 24 mois de rente, environ 56 600 francs, mais évite de perdre 320 francs par mois à vie.
Le calcul s’équilibre vers 78 ou 79 ans, qu’on anticipe d’un an ou de deux, et avec ou sans la 13e rente. Si vous vivez plus longtemps, faire le pont est gagnant. Or une personne de 65 ans vit en moyenne encore une vingtaine d’années : pour la plupart des gens, faire le pont vaut mieux, s’ils en ont les moyens. Une santé fragile ou un besoin de liquidités peuvent changer la réponse.
Comment financer les années sans salaire
- Le 3a, retirable dès 60 ans. Plusieurs comptes retirés sur plusieurs années allègent l’impôt (voir pourquoi ouvrir plusieurs comptes 3a).
- Une partie du capital de la caisse, si le règlement le permet, en gardant une rente pour les dépenses fixes.
- La rente-pont AVS de votre caisse, si elle existe.
- La retraite partielle : réduire son temps de travail, et ne prendre qu’une part de la rente AVS ou de la caisse.
- L’épargne libre, qui garde l’avantage de rester disponible.
Attention au calendrier fiscal : les capitaux retirés la même année, 3a et caisse de pension compris, s’additionnent en général pour l’impôt. Étaler les retraits entre 60 et 65 ans réduit la facture.
Deux oublis fréquents
- L’assurance accident. Celle de l’employeur prend fin 31 jours après votre dernier jour de salaire. Pensez à réinclure les accidents dans votre assurance maladie (voir couverture accident LAMal).
- Le délai d’annonce de la caisse. Beaucoup de règlements exigent d’annoncer une retraite anticipée, et plus encore un retrait en capital, des mois ou des années à l’avance. Lisez-le tôt (voir comment lire son certificat).
Comment s’y prendre
- Dès 55 ans, chiffrez votre retraite à 65 ans, puis à l’âge où vous aimeriez partir : AVS, caisse de pension, 3a.
- Lisez le règlement de votre caisse : âge minimal, taux de conversion par âge, rente-pont, rachats possibles, délai d’annonce.
- Si l’écart est trop grand, rachetez dans la caisse ou versez davantage au 3a, au moins trois ans avant tout retrait en capital.
- Planifiez les retraits de 3a entre 60 et 65 ans, hors de l’année du capital de la caisse.
- Décidez si vous anticipez l’AVS ou si vous faites le pont, et prévoyez les cotisations AVS jusqu’à 65 ans.
- Déposez la demande de rente AVS trois à quatre mois avant, et réincluez les accidents dans votre assurance maladie.
Une retraite anticipée se joue sur trois piliers, l’impôt et votre budget à la fois. C’est exactement ce que chiffre un bilan de prévoyance : ce que vous toucheriez à 63, 64 ou 65 ans, et comment financer l’écart. Pour les montants AVS, voyez aussi rente AVS ; pour tout le calendrier, préparer sa retraite.
Ce qu’il faut retenir
- AVS dès 63 ans (62 pour les femmes nées de 1961 à 1969), réduite de 6,8 % par année d’anticipation, à vie.
- Caisse de pension dès 58 ans si le règlement le prévoit, avec moins d’avoir et un taux de conversion plus bas.
- 3a dès 60 ans, à retirer en plusieurs fois pour alléger l’impôt.
- Les cotisations AVS restent dues jusqu’à 65 ans, même sans salaire.
- Dans notre exemple, partir à 63 ans coûte environ 13 % de rente à vie ; faire le pont plutôt qu’anticiper l’AVS devient gagnant vers 78 ou 79 ans.
- Les taux AVS doivent changer dès 2027, et le projet AVS 2030 veut relever l’âge minimal de la caisse de pension : à surveiller.
Règles vérifiées auprès de l’OFAS, de la Caisse suisse de compensation et de la Caisse fédérale de compensation, et sur l’OPP 2 (articles 1b et 1i) et la LPP (article 47a), en septembre 2026. L’exemple chiffré est fictif et simplifié.