Prévoyance de l’indépendant en Suisse : que mettre en place ?
AVS obligatoire, caisse de pension ou grand 3a, perte de gain, accident, pas de chômage : la prévoyance d’un indépendant en Suisse, et l’ordre des décisions.
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En Suisse, un indépendant n’est obligatoirement assuré qu’à l’AVS, à l’AI, aux APG et aux allocations familiales. Tout le reste, il le choisit ou il s’en passe : caisse de pension, assurance accident, perte de gain en cas de maladie. Et il n’a pas d’assurance chômage. Sans rien mettre en place, sa retraite se limite à la rente AVS, et un arrêt maladie coupe son revenu dès le premier jour. Voici ce qu’il faut décider, et dans quel ordre.
Salarié ou indépendant : ce qui change
| Risque | Salarié | Indépendant |
|---|---|---|
| Retraite, 1er pilier | AVS, cotisations partagées avec l’employeur | AVS obligatoire, cotisations entièrement à sa charge |
| Retraite, 2e pilier | Caisse de pension obligatoire dès 22 680 francs | Facultative |
| 3e pilier (3a) | Jusqu’à 7 258 francs par an | Jusqu’à 20 % du revenu, 36 288 francs au plus, sans caisse de pension |
| Maladie | Salaire maintenu un temps, souvent une assurance collective | Rien, sauf assurance perte de gain individuelle |
| Accident | Assurance accident de l’employeur, 80 % du salaire | Facultative ; sinon, seulement les frais médicaux par la LAMal |
| Invalidité et décès | AI, AVS et caisse de pension | AI et AVS seulement, sauf 2e pilier ou assurance privée |
| Chômage | Assurance chômage | Aucune |
L’AVS : s’annoncer dès le début
Au démarrage, vous devez vous affilier à une caisse de compensation : celle de votre association professionnelle si elle en a une, sinon celle de votre canton. C’est elle qui reconnaît votre statut d’indépendant, en regardant si vous travaillez en votre nom, pour votre compte, pour plusieurs clients, en assumant le risque économique.
Les cotisations AVS, AI et APG vont de 5,371 % à 10 % du revenu, selon son montant, avec un minimum de 530 francs par an, plus des frais d’administration et les cotisations d’allocations familiales. Elles se paient par acomptes, puis sont corrigées quand l’impôt a fixé votre revenu : prévoyez une réserve pour ce rattrapage. Une année sans cotisation est une lacune à vie (voir lacunes AVS).
La retraite : caisse de pension ou grand 3a
Sans caisse de pension, votre retraite repose sur l’AVS, qui plafonne à 2 520 francs par mois en 2026 (voir rente AVS). Pour la compléter, deux voies, cumulables en partie :
- Le grand 3a : sans caisse de pension, vous pouvez déduire jusqu’à 20 % de votre revenu net, au plus 36 288 francs par an. Simple, souple, choisi par vous.
- Une caisse de pension facultative : celle de votre association professionnelle, ou la Fondation institution supplétive LPP. Les cotisations se déduisent entièrement, les rachats aussi, et la caisse couvre en général l’invalidité et le décès. Mais le grand 3a n’est alors plus possible : le plafond retombe à 7 258 francs.
Le calcul des 20 %, le choix entre les deux et le cas d’une Sàrl ou d’une SA sont détaillés dans 3e pilier pour indépendant. Si vous quittez un emploi salarié pour vous lancer, votre avoir de caisse peut être retiré ou gardé sur un compte de libre passage (voir retrait du 2e pilier).
Maladie et accident : le revenu s’arrête le premier jour
C’est le trou le plus grave, et le plus fréquent. Un indépendant malade n’a ni salaire maintenu, ni assurance collective, ni indemnité de l’assurance accident s’il n’en a pas souscrit une.
- L’assurance perte de gain (indemnités journalières) remplace une part du revenu, en général 80 %, après un délai d’attente que vous choisissez selon vos réserves : 30, 60, 90 jours ou plus. Plus le délai est long, plus la prime baisse.
- L’accident : une assurance accident facultative verse les mêmes prestations qu’à un salarié, indemnités comprises ; dès 2027, elle est accessible à partir de 44 460 francs de revenu assuré. À défaut, gardez la couverture accidents dans votre assurance maladie, qui ne paie que les soins (voir couverture accident LAMal). Une indemnité journalière peut aussi inclure l’accident.
- La rente d’incapacité de gain prend le relais quand l’arrêt dure, jusqu’à la retraite, là où l’AI seule ne suffit pas (voir rente d’invalidité).
Le détail de ces assurances, et ce qui se compare entre deux contrats, est sur la page assurance perte de gain.
Invalidité et décès : ce que la famille toucherait
Sans caisse de pension, l’indépendant et sa famille n’ont que l’AI et l’AVS : une rente d’invalidité AI après un an au plus tôt, et en cas de décès des rentes de veuve, de veuf et d’orphelin sous conditions (voir rentes de survivants). Avec un logement à financer ou des enfants, une assurance décès et une rente d’incapacité de gain sont les deux compléments qui comptent.
Ni chômage, ni congé payé
Un indépendant ne cotise pas à l’assurance chômage et n’en touche rien si son activité s’arrête. Une nuance utile : si vous vous lancez à votre compte après avoir été salarié, sans toucher d’indemnités de chômage, votre délai-cadre de cotisation est prolongé de deux ans, sous conditions. Si l’activité s’arrête vite, vos années de salarié peuvent encore vous ouvrir un droit. Une réserve d’épargne disponible, à côté du 3a, reste la seule vraie protection.
Pour une naissance, les APG versent 80 % du revenu pendant 14 semaines à une indépendante, au plus 220 francs par jour, comme à une salariée.
Les premiers mois : dans quel ordre
- Affiliez-vous à la caisse de compensation dès le début de l’activité, et prévoyez les acomptes.
- Réglez l’accident : assurance accident facultative, ou couverture accidents réactivée dans votre assurance maladie.
- Souscrivez une assurance perte de gain maladie, avec un délai d’attente adapté à vos réserves, tant que votre santé le permet.
- Décidez de votre avoir de 2e pilier : le garder sur un compte de libre passage, le transférer, ou en retirer une partie pour démarrer.
- Choisissez entre caisse de pension facultative et grand 3a, et fixez un versement mensuel prudent.
- Avec une famille ou une hypothèque : une assurance décès, et vérifiez qui touche votre 3a.
Le statut juridique, la TVA et la responsabilité civile professionnelle relèvent de votre entreprise : voyez l’univers Entreprises. Pour chiffrer ce qui vous manquerait à la retraite, en cas de maladie, d’invalidité ou de décès, faites un bilan de prévoyance : c’est pour l’indépendant qu’il révèle les écarts les plus grands.
Ce qu’il faut retenir
- Obligatoire pour un indépendant : AVS, AI, APG et allocations familiales. Tout le reste est facultatif.
- Cotisations AVS, AI et APG de 5,371 % à 10 % du revenu, 530 francs au minimum, par acomptes.
- Retraite : grand 3a jusqu’à 20 % du revenu (36 288 francs), ou caisse de pension facultative.
- Maladie : sans assurance perte de gain, le revenu s’arrête le premier jour.
- Accident : assurance facultative, ou au moins la couverture accidents de la LAMal.
- Pas d’assurance chômage : une réserve disponible reste indispensable.
Règles vérifiées auprès de l’OFAS (« À quoi faire attention si vous exercez une activité indépendante », août 2025) et sur les montants 2026, en septembre 2026.