3e pilier pour indépendant : jusqu’à 36 288 francs par an
Sans caisse de pension, un indépendant peut verser 20 % de son revenu dans le 3a, jusqu’à 36 288 francs en 2026. Les pièges du calcul, et le choix avec la LPP.
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Un indépendant qui n’est pas affilié à une caisse de pension peut verser dans son pilier 3a jusqu’à 20 % du revenu net de son activité, au maximum 36 288 francs en 2026. C’est cinq fois plus qu’un salarié. S’il s’affilie à une caisse de pension, son plafond retombe à 7 258 francs, comme pour tout le monde. Et tout versement se déduit du revenu imposable.
Le principe tient en deux lignes. Son application est moins simple : le revenu n’est connu qu’une fois les comptes bouclés, une année de perte ne permet aucun versement, et le choix entre le « grand 3a » et une caisse de pension engage pour longtemps. Ce guide passe en revue ces cas, chiffres à l’appui.
Pourquoi le 3e pilier compte double pour un indépendant
Un salarié cotise à trois étages : l’AVS, la caisse de pension de son employeur, et s’il le veut un 3e pilier. Un indépendant n’a que le premier étage obligatoire. La LPP ne s’applique à lui que s’il la choisit (LPP, art. 4). Sans démarche de sa part, sa retraite repose sur la rente AVS, au plus 2 520 francs par mois en 2026, et sur ce qu’il épargne lui-même.
C’est pour combler ce vide que la loi lui accorde un plafond 3a bien plus élevé. L’ordonnance sur la prévoyance liée (OPP 3, art. 7) prévoit deux plafonds :
| Votre situation | Plafond 3a 2026 |
|---|---|
| Indépendant sans caisse de pension | 20 % du revenu net d’activité, au maximum CHF 36 288 |
| Indépendant affilié à une caisse de pension (LPP facultative) | CHF 7 258 |
| Indépendant qui est aussi salarié à temps partiel, avec caisse de pension | CHF 7 258 |
| Salarié affilié à une caisse de pension | CHF 7 258 |
La troisième ligne surprend souvent. Il suffit d’être affilié à une caisse de pension, même par un petit emploi salarié à côté, pour perdre le grand plafond. Seule l’affiliation compte, quelle que soit la part du salaire dans vos revenus.
Combien verser : le calcul des 20 %
Les 20 % se calculent sur le revenu provenant de l’activité lucrative, c’est-à-dire le bénéfice net de votre activité indépendante. Le chiffre d’affaires n’entre pas dans le calcul. Le plafond de 36 288 francs n’est atteint qu’à partir d’un revenu net de 181 440 francs. En dessous, c’est le revenu qui décide.
| Revenu net de l’activité | Versement 3a maximal |
|---|---|
| CHF 40 000 | CHF 8 000 |
| CHF 60 000 | CHF 12 000 |
| CHF 90 000 | CHF 18 000 |
| CHF 120 000 | CHF 24 000 |
| CHF 181 440 et plus | CHF 36 288 |
Prenons une graphiste indépendante qui dégage 90 000 francs de bénéfice net. Elle peut verser 18 000 francs dans son 3a et les déduire de son revenu imposable (LIFD, art. 33). Avec un taux marginal d’imposition de 30 %, par exemple, l’économie d’impôt atteint 5 400 francs pour l’année. Votre taux réel dépend de votre commune, de votre état civil et de vos autres revenus.
Le piège du revenu connu trop tard
Le versement doit arriver avant le 31 décembre. Or votre bénéfice, lui, n’est connu qu’au bouclement des comptes, souvent au printemps suivant. La plupart des indépendants versent donc sur une estimation. Si vous avez versé trop, la part qui dépasse les 20 % n’est pas déductible : demandez-en le remboursement à votre fondation, qui ne peut pas la garder comme cotisation 3a.
- Une année de perte, et le plafond tombe à zéro : 20 % d’un revenu nul ou négatif ne permet aucun versement déductible.
- Une année de démarrage avec peu de bénéfice donne un petit plafond. Mieux vaut verser prudemment et compléter en décembre qu’avoir à récupérer un excédent.
- L’année où vous cessez votre activité, vous pouvez verser la cotisation entière de l’année (OPP 3, art. 7, al. 4).

Grand 3a ou caisse de pension : que choisir ?
Un indépendant peut s’affilier à la caisse de pension de sa branche, ou à celle qui assure ses employés s’il en a. À défaut, il peut s’adresser à l’institution supplétive (LPP, art. 44). Mais s’affilier fait tomber son plafond 3a à 7 258 francs. Les deux voies ne se cumulent donc pas pleinement.
| Grand 3a, sans caisse de pension | LPP facultative + petit 3a | |
|---|---|---|
| Versement déductible | 20 % du revenu, au plus CHF 36 288 | Cotisations LPP selon le règlement, plus CHF 7 258 de 3a |
| Rachats déductibles | Limités, voir plus bas | Possibles pour combler les lacunes de la caisse, selon le règlement |
| Invalidité et décès | À assurer soi-même, par exemple avec un 3a lié à une assurance | Souvent inclus dans le plan, avec une réserve de santé possible pendant trois ans (LPP, art. 45) |
| Liberté | Vous choisissez la banque ou l’assureur, et le montant chaque année | Cotisations fixées par le règlement de la caisse |
| Démarches | Aucune affiliation | Contrat avec une caisse, choix d’un plan |
Notre avis : le grand 3a convient à la plupart des indépendants au démarrage et à revenu variable. Il ne force aucun versement une mauvaise année. La LPP facultative devient intéressante avec un revenu élevé et stable, parce que les rachats dans une caisse de pension peuvent dépasser de loin ce que le 3a permet de déduire. C’est un choix à chiffrer sur votre cas.
Et avec une Sàrl ou une SA ?
Si vous exercez à travers votre propre Sàrl ou SA, vous êtes en principe salarié de votre société. Au-delà d’un salaire annuel de 22 680 francs en 2026, la LPP devient obligatoire (LPP, art. 2 et 7), et votre plafond 3a est alors de 7 258 francs. Le grand 3a est réservé aux indépendants en raison individuelle, sans caisse de pension.
Rattraper les années manquées
Depuis 2025, les années où vous n’avez pas versé le maximum peuvent être rattrapées dans les dix ans (OPP 3, art. 7a). Il faut avoir eu le droit de cotiser l’année concernée, et verser d’abord la cotisation complète de l’année du rachat. Seules les lacunes nées depuis 2025 comptent : la première occasion de rattraper est 2026.
La limite qui touche les indépendants est ailleurs. Le rachat de l’année ne peut jamais dépasser 7 258 francs, le petit plafond (art. 7a, al. 2), même pour une lacune de plus de 30 000 francs. Et chaque année manquée ne se rachète qu’une fois (art. 7a, al. 3) : au-delà de ce plafond, la lacune d’une année de grand 3a est perdue. Mieux vaut verser chaque année ce que le bénéfice permet. Le détail, exemples à l’appui, est dans rachat 3a rétroactif.
Retirer son 3a : ce qui change pour un indépendant
Les règles de retrait sont celles de tout le monde : au plus tôt cinq ans avant l’âge de référence, ou avant pour acheter son logement ou partir définitivement de Suisse (OPP 3, art. 3). Deux cas sont propres aux indépendants.
- Vous vous mettez à votre compte et vous n’êtes plus soumis à la LPP obligatoire : vous pouvez retirer votre 3a, comme votre avoir de libre passage, pour financer le démarrage (OPP 3, art. 3, al. 2, let. d). Demandez le délai à votre fondation, qui exige en général que la demande suive de près le début de l’activité.
- Vous changez d’activité indépendante, par exemple en passant du graphisme à la restauration : le retrait anticipé est aussi possible (art. 3, al. 2, let. c).
Si vous êtes marié, le retrait dans ces cas demande l’accord écrit de votre conjoint (art. 3, al. 6). Et retirer son 3a pour lancer une activité reste un pari : c’est l’épargne de retraite qui prend le risque de l’entreprise.
Au retrait, le capital est imposé séparément de vos autres revenus, et au niveau fédéral à un cinquième du barème ordinaire (LIFD, art. 38). Répartir son 3a sur plusieurs comptes permet de retirer sur plusieurs années, et d’alléger l’impôt dans la plupart des cantons. Les détails sont dans notre guide Retrait du 3e pilier.
Banque ou assurance : la question du risque
Un salarié est couvert en cas d’invalidité par la LPP et, pour les accidents, par l’assurance de son employeur. Un indépendant sans caisse de pension n’a que l’AI. Si une maladie l’empêche de travailler, personne ne verse ses cotisations 3a à sa place, et son revenu s’arrête.
Un 3a bancaire épargne, rien de plus. Un 3a d’assurance peut ajouter un capital décès, une rente d’invalidité et la libération du paiement des primes : l’assureur continue de verser les cotisations si vous ne pouvez plus travailler. Pour un indépendant, cette dernière garantie pèse souvent plus que le rendement. Elle se paie en flexibilité, puisqu’une police d’assurance engage à des primes régulières sur de longues années. La comparaison complète est dans 3e pilier a ou b, et la perte de revenu elle-même se couvre avec une assurance perte de gain.

Ce qu’il faut retenir
- Sans caisse de pension : 20 % du revenu net d’activité, au plus 36 288 francs en 2026. Le maximum est atteint dès 181 440 francs de bénéfice.
- Avec une caisse de pension, même par un emploi à côté : 7 258 francs.
- Une année de perte ne permet aucun versement. Un excédent n’est pas déductible et doit être remboursé.
- Le rattrapage des années manquées est limité à 7 258 francs par an, même pour les indépendants.
- Le 3a se retire pour se mettre à son compte ou changer d’activité indépendante, avec l’accord du conjoint si vous êtes marié.
- Sans employeur, l’invalidité et le décès ne sont couverts par personne : un 3a d’assurance ou une perte de gain comblent ce vide.
Un indépendant a le plafond le plus généreux du système, et aucun employeur pour le lui rappeler. Fixez un versement mensuel prudent dès janvier, puis complétez en décembre selon l’année. Et si vous hésitez entre banque et assurance, commencez par regarder ce qui arrive à vos revenus si vous tombez malade six mois : la page 3e pilier détaille les deux formules. Le reste de votre prévoyance, AVS, accident et perte de gain, est dans prévoyance de l’indépendant.