Burn-out en Suisse : arrêt de travail, salaire et ce que paient les assurances
Certificat sans diagnostic, salaire selon l’ancienneté ou 80 % avec une assurance perte de gain, psychothérapie remboursée, protection contre le licenciement, AI : le parcours d’un burn-out, étape par étape.
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En Suisse, un burn-out se soigne et s’indemnise comme une maladie. Votre médecin vous met en arrêt de travail, sans écrire le diagnostic sur le certificat. Votre salaire est payé par l’employeur pendant un temps limité selon votre ancienneté, ou à 80 % pendant deux ans au plus si l’entreprise a une assurance perte de gain. La thérapie est payée par l’assurance de base, sur prescription, avec la franchise et la quote-part. Le burn-out n’est presque jamais reconnu comme maladie professionnelle : l’assurance accidents ne paie pas. Ce que la base laisse, comme un psychologue non admis, une clinique privée ou des approches complémentaires, dépend d’une complémentaire conclue avant.
Ce guide suit le parcours dans l’ordre : l’arrêt, le salaire, l’emploi, les soins, la reprise, puis ce qui se passe si l’arrêt dure. Il traite aussi le cas de l’indépendant et la responsabilité de l’employeur. Les règles citées viennent du code des obligations (CO), de la loi sur le travail (LTr), de l’ordonnance sur les prestations de l’assurance des soins (OPAS) et de la loi sur l’assurance-invalidité (LAI), consultés en octobre 2026. Ce guide ne remplace pas un avis médical.
Le burn-out, une maladie ?
Pas au sens strict. L’Organisation mondiale de la santé le classe dans la classification internationale des maladies (CIM-11, code QD85) comme un phénomène lié au travail, pas comme une maladie : un syndrome qui résulte d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré avec succès. Il se reconnaît à trois signes : l’épuisement, une distance croissante envers son travail, souvent du cynisme, et une baisse de l’efficacité.
En pratique, cela ne change rien à vos droits. Le médecin constate une incapacité de travail, souvent liée à un épuisement, à une dépression ou à un trouble anxieux, et c’est cette incapacité qui ouvre le salaire en cas de maladie et les soins de l’assurance de base. Vous n’êtes pas seul : selon le Job-Stress-Index 2022 de Promotion Santé Suisse, 30,3 % des personnes actives se disent émotionnellement épuisées, et le stress au travail coûterait environ 6,5 milliards de francs par an à l’économie.
Les premiers jours : l’arrêt de travail
- Consultez votre médecin de famille, ou un psychiatre si vous en avez un. C’est lui qui évalue votre capacité de travail, totale ou partielle.
- Le certificat médical indique la durée et le taux de l’incapacité, pas le diagnostic. Votre employeur n’a pas à connaître la nature de votre maladie.
- Prévenez votre employeur sans attendre, et envoyez le certificat dans le délai prévu par votre contrat ou le règlement, souvent dès le troisième jour d’absence.
- Un arrêt partiel est possible : travailler à 50 % pendant quelques semaines, par exemple, plutôt que de tout arrêter.
- En cas de doute, l’employeur ou son assurance perte de gain peut demander un examen par un médecin-conseil. Celui-ci se prononce sur la capacité de travail, et ne transmet pas le diagnostic à l’employeur.
Qui paie votre salaire ?
Tout dépend de votre statut et de l’assurance de votre employeur. Le détail des échelles cantonales est dans notre guide salaire en cas de maladie.
| Situation | Ce que vous touchez | Combien de temps |
|---|---|---|
| Salarié, sans assurance perte de gain | 100 % du salaire | Un temps limité selon l’ancienneté et l’échelle du canton : 3 semaines la première année, puis davantage |
| Salarié, avec assurance perte de gain | En général 80 % du salaire, après un délai d’attente | Jusqu’à 720 ou 730 jours sur une période de 900 jours |
| Indépendant, sans assurance perte de gain | Rien | Jusqu’à une éventuelle rente d’invalidité |
| Indépendant, avec assurance perte de gain | Le montant assuré, après le délai d’attente | Selon le contrat |
| Au chômage | Les indemnités de chômage | 30 jours au plus par maladie |
Un exemple, pour un burn-out qui dure neuf mois, avec un salaire de 6 500 francs et cinq ans d’ancienneté dans le canton de Vaud, où l’échelle bernoise prévoit trois mois de salaire la cinquième année :
- Sans assurance perte de gain : trois mois de salaire entier, 19 500 francs, puis plus rien pendant six mois. Il vous manque 39 000 francs.
- Avec une assurance perte de gain à 80 % : environ 46 800 francs sur les neuf mois. Il vous manque environ 11 700 francs.
La plupart des grandes entreprises ont une telle assurance, beaucoup de petites aussi, mais elle n’est pas obligatoire, sauf dans certaines conventions collectives. Demandez à votre employeur le nom de l’assureur, le taux et le délai d’attente.
Votre emploi pendant l’arrêt
- Une période de protection : après le temps d’essai, votre employeur ne peut pas vous licencier pendant 30 jours la première année de service, 90 jours de la deuxième à la cinquième, 180 jours ensuite (CO, article 336c). Un congé donné pendant cette période est nul.
- Après cette période, un licenciement est possible, même si vous êtes encore malade. Il ne doit pas être abusif. Vos indemnités de l’assurance perte de gain ne s’arrêtent pas forcément avec le contrat : demandez par écrit ce que prévoit le vôtre.
- Le droit de passage : si vous quittez l’entreprise, l’assurance perte de gain collective vous permet souvent de passer dans une assurance individuelle sans questionnaire de santé, dans un délai court fixé par le contrat. Ne le laissez pas passer.
- Les vacances : l’employeur peut les réduire d’un douzième par mois complet d’absence, mais seulement à partir du deuxième mois (CO, article 329b).
- Ne démissionnez pas sur un coup de tête. Une démission met fin à la protection, peut entraîner des jours de suspension du chômage, et vous n’êtes pas apte au placement tant que vous êtes en arrêt complet. Parlez-en d’abord à votre médecin, et faites-vous conseiller.
Se soigner : ce que paie l’assurance de base
Le traitement d’un burn-out repose souvent sur le repos, une psychothérapie et parfois des médicaments. L’assurance de base les paie, avec la franchise et la quote-part de 10 %.
| Soin | Ce que paie l’assurance de base |
|---|---|
| Consultations chez le médecin de famille | Oui |
| Psychothérapie chez un psychiatre | 40 séances, puis un rapport au médecin-conseil pour continuer |
| Psychologue-psychothérapeute admis | Sur prescription du médecin de famille ou du psychiatre : 15 séances par prescription, un rapport après 30 |
| Intervention de crise | 10 séances, sur prescription de tout médecin |
| Médicaments de la liste des spécialités | Oui, sur ordonnance |
| Clinique psychiatrique de la liste cantonale | Oui, en division commune |
Demandez une prescription à votre médecin avant de commencer chez un psychologue : sans elle, la base ne paie pas, même si le psychologue est admis. Le détail est dans notre guide psychologue remboursé par la LAMal. Pour un séjour, une clinique psychiatrique de la liste de votre canton est payée en division commune, sans limite de durée fixée d’avance, tant que l’hospitalisation est médicalement nécessaire. Un séjour de repos ou une cure sans indication d’hospitalisation ne l’est pas.
Ce que la base laisse, et ce qu’ajoute une complémentaire
C’est souvent au moment d’un burn-out qu’on découvre ce que couvre, ou pas, sa complémentaire. Selon le contrat, elle peut participer :
- à un psychologue non admis par la base, ou consulté sans prescription, avec un montant par séance et un plafond annuel ;
- aux approches complémentaires reconnues, chez un thérapeute inscrit dans un registre accepté : sophrologie, art-thérapie, massage, shiatsu. Voir nos pages médecines complémentaires ;
- aux cours de gestion du stress ou de pleine conscience, dans la rubrique prévention ;
- à une chambre à deux lits ou individuelle en clinique psychiatrique, et au libre choix de la clinique, y compris privée ou hors de votre canton, avec une assurance hospitalisation ;
- à un séjour de convalescence, que certains contrats prévoient après une hospitalisation.
Beaucoup de cliniques spécialisées dans l’épuisement sont privées. Certaines figurent sur une liste cantonale, d’autres non : sans assurance hospitalisation adaptée, un séjour hors liste ou en division privée peut coûter des dizaines de milliers de francs. Vérifiez la clinique avant d’y entrer, et demandez une garantie de prise en charge.
La reprise du travail
Le retour se prépare. Une reprise progressive, par exemple à 30 puis 50 % avant le plein temps, réduit le risque de rechute. Votre médecin fixe le taux sur le certificat, et l’assurance perte de gain paie la part que vous ne travaillez pas.
- Préparez un entretien avec votre employeur avant le retour : tâches, horaires, charge, personne de contact.
- Le case management : beaucoup d’assurances perte de gain proposent un accompagnement par un conseiller, qui coordonne le retour avec vous, le médecin et l’employeur. Il est en général gratuit pour vous.
- Continuez la thérapie pendant la reprise, et gardez un œil sur les signes d’alerte : sommeil, irritabilité, fatigue qui revient.
- Votre employeur doit protéger votre santé, y compris psychique (LTr, article 6 ; CO, article 328) : une charge qui a mené à l’épuisement ne devrait pas revenir telle quelle.
Si l’arrêt dure : l’assurance-invalidité
Un burn-out peut durer des mois. Si l’incapacité se prolonge, l’assurance-invalidité intervient d’abord pour vous aider à garder ou retrouver un emploi, pas pour verser une rente.
- La détection précoce : vous, votre employeur, votre médecin ou votre assurance perte de gain pouvez signaler votre situation à l’office AI de votre canton. Depuis 2022, il n’est plus nécessaire d’attendre 30 jours d’arrêt. Ce signalement n’est pas une demande de prestations.
- L’intervention précoce : l’AI peut financer des mesures pour vous maintenir en emploi : adaptation du poste, coaching, réorientation.
- La demande de prestations : une rente ne peut commencer qu’au plus tôt six mois après la demande, et après une année d’incapacité d’au moins 40 % en moyenne. Si l’arrêt s’annonce long, ne tardez pas à déposer la demande.
- La caisse de pension verse aussi une rente d’invalidité si l’AI en reconnaît une. Voir notre guide rente d’invalidité.
Indépendant : personne ne paie à votre place
Un indépendant n’a pas d’employeur pour verser son salaire, ni d’assurance perte de gain obligatoire. Sans assurance, un burn-out de six mois, c’est six mois sans revenu, avec les charges fixes de l’entreprise qui continuent. Seule une assurance perte de gain individuelle, conclue avant, verse une indemnité après son délai d’attente.
Elle se conclut quand tout va bien : après un burn-out, l’assureur exclut souvent les troubles psychiques, ou refuse. Choisissez un délai d’attente que vos réserves peuvent couvrir, 30, 60 ou 90 jours. Voir notre page assurance perte de gain et notre guide prévoyance de l’indépendant.
L’employeur est-il responsable ?
L’employeur doit protéger la santé physique et psychique de ses employés (LTr, article 6 ; CO, article 328) : organiser le travail pour éviter une surcharge durable, réagir quand un employé signale un problème, prévenir le harcèlement. Ce devoir ne fait pas de chaque burn-out une faute de l’employeur.
- Maladie professionnelle : le burn-out n’est pas sur la liste, et doit être causé de manière nettement prépondérante par le travail pour être reconnu par l’assurance accidents. C’est très rare. Voir notre guide maladie professionnelle.
- Dommages et intérêts : si l’employeur a manqué à son devoir de protection, par exemple en ignorant des alertes répétées ou un harcèlement, vous pouvez lui réclamer le dommage, et parfois une indemnité pour tort moral. Gardez les traces écrites : courriels, demandes, réponses.
- Faites-vous conseiller : un syndicat, une permanence juridique ou une protection juridique qui couvre le droit du travail, si elle a été conclue avant le litige. Voir litige avec son employeur.
Côté employeur : ce que coûte un burn-out
Pour une PME, un burn-out, c’est un salaire à payer sans travail en face, un remplacement à trouver, et parfois une équipe qui s’épuise à son tour. Une assurance perte de gain maladie transforme ce risque en prime : elle paie 80 % du salaire pendant deux ans, et souvent le case management qui accélère le retour. Nos pages indemnité journalière maladie et employé malade détaillent les démarches.
Questions fréquentes
Le burn-out est-il reconnu en Suisse ?
Il n’est pas une maladie au sens de la classification de l’OMS, ni une maladie professionnelle dans la plupart des cas. Mais l’incapacité de travail qu’il entraîne est reconnue comme une maladie : salaire, assurance perte de gain et soins de l’assurance de base s’appliquent.
Combien de temps dure un arrêt pour burn-out ?
Il n’y a pas de durée type. Certains reprennent après quelques semaines, d’autres après plusieurs mois, souvent de façon progressive. C’est votre médecin qui fixe la durée et le taux, et les revoit régulièrement.
Peut-on être licencié pendant un burn-out ?
Pas pendant la période de protection, de 30 à 180 jours selon l’ancienneté, une fois le temps d’essai passé. Après, oui, si le congé n’est pas abusif. Vos droits envers l’assurance perte de gain peuvent continuer après la fin du contrat, selon celui-ci.
Peut-on partir en vacances pendant un arrêt ?
Un séjour n’est pas interdit en soi, s’il est compatible avec votre traitement et que votre médecin l’approuve. Prévenez votre employeur, et votre assurance perte de gain : certains contrats exigent leur accord pour un séjour à l’étranger, sous peine de suspendre les indemnités.
Mon employeur peut-il connaître mon diagnostic ?
Non. Le certificat médical indique la durée et le taux de l’incapacité. Le médecin-conseil de l’assurance peut connaître le diagnostic, mais il ne le transmet pas à l’employeur.
Peut-on conclure une complémentaire après un burn-out ?
Vous pouvez faire la demande, mais vous devez répondre exactement au questionnaire de santé. L’assureur peut refuser, ou exclure les troubles psychiques par une réserve. L’assurance de base, elle, vous accepte toujours.
Ce qu’il faut retenir
- Le burn-out se traite comme une maladie : arrêt de travail sans diagnostic sur le certificat, salaire en cas de maladie, soins de l’assurance de base.
- Sans assurance perte de gain, le salaire s’arrête après quelques semaines ou quelques mois selon l’ancienneté ; avec elle, 80 % pendant deux ans au plus.
- Psychothérapie : chez un psychologue admis sur prescription, 15 séances par prescription ; chez un psychiatre, 40 séances avant un rapport.
- Si l’arrêt dure, signalez tôt votre situation à l’AI : une rente ne commence qu’au plus tôt six mois après la demande.
- Psychologue non admis, approches complémentaires, chambre et clinique choisies : c’est la complémentaire, à conclure quand tout va bien.
Notre page psychothérapie résume, prestation par prestation, ce que la base paie et ce qu’une complémentaire ajoute, et vous permet de comparer les contrats.