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État des lieux de sortie : usure normale ou dégât, qui paie ?

Ce que vous devez réparer, ce qui relève de l’usure, le calcul selon la durée de vie, le délai du bailleur, et ce que votre RC privée paie à la sortie.

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Dans un appartement vide, un gérant accroupi examine le parquet près d’une plinthe, tablette à la main. Une locataire debout à côté observe en tenant ses clés.

À la fin du bail, vous rendez le logement dans l’état qui résulte d’un usage normal (CO, art. 267). L’usure normale est à la charge du bailleur ; les dégâts qui la dépassent sont à la vôtre, mais seulement pour la valeur qui reste à l’élément abîmé, selon sa durée de vie. Le bailleur doit vous signaler les défauts immédiatement, sinon vous en êtes déchargé (CO, art. 267a). Et votre RC privée paie les dégâts reconnus, si elle couvre les locaux loués.

Ce guide suit la remise du logement dans l’ordre : ce qui est de l’usure et ce qui est un dégât, le calcul selon la durée de vie, la préparation, le jour de l’état des lieux, puis ce qui se passe après. Les règles citées viennent du code des obligations (CO) et du code de procédure civile (CPC), consultés en octobre 2026.

Usure normale ou dégât : où passe la limite ?

L’usure normale, c’est ce que laisse un usage ordinaire du logement pendant des années : vous n’avez pas à la réparer. Le dégât, c’est ce qui va au-delà : une brûlure, une tache, un choc, un animal qui griffe. Vous en répondez, que vous l’ayez causé vous-même ou qu’il vienne d’un membre de votre ménage, d’un invité ou de votre animal.

Usure normale ou dégât : exemples courants. La limite exacte s’apprécie au cas par cas.
ÉlémentUsure normale, à la charge du bailleurDégât, à votre charge
MursPeinture défraîchie, traces de meubles et de cadresTaches, dessins d’enfants, murs peints d’une autre couleur sans accord écrit
Trous de chevillesQuelques trous, rebouchés proprementUn mur criblé de trous, ou des trous laissés ouverts
ParquetRayures légères aux passages, vitrification ternieRayures profondes, brûlures, taches d’eau, traces de griffes
MoquetteUsure aux passages, couleur passéeTache de vin, brûlure de cigarette, déchirure
Cuisine et salle de bainsAppareil en panne à cause de son âge, émail terniVitrocéramique fendue, lavabo ébréché, porte d’armoire arrachée
Stores et fenêtresSangle usée par les annéesLamelle tordue, vitre cassée

Si vous avez modifié le logement sans l’accord écrit du bailleur, comme peindre une pièce en bleu foncé ou poser une étagère fixée au mur, vous devez remettre les lieux en l’état. Avec son accord écrit, il ne peut exiger la remise en état que si elle a été convenue par écrit (CO, art. 260a).

Le calcul selon la durée de vie : vous ne payez jamais le neuf

Un élément abîmé n’est pas facturé à son prix neuf. Le bailleur ne peut vous réclamer que la valeur qui lui restait, calculée d’après sa durée de vie. Un élément arrivé au bout de sa durée de vie n’a plus de valeur : même abîmé, il ne vous coûte rien, sauf les frais de remise en état d’un dégât important.

Quelques durées de vie, d’après le tableau des durées de vie du Beobachter (édition 2021). En Suisse romande, les bailleurs et l’ASLOCA se réfèrent aussi au tableau paritaire des amortissements, dont les durées peuvent différer.
ÉlémentDurée de vie
Peinture à dispersion ou à la détrempe8 ans
Peinture acrylique ou à base de résine15 ans
Papier peint ordinaire10 ans
Moquette de qualité moyenne10 ans
Vitrification d’un parquet10 ans
Parquet massif40 ans
Linoléum20 ans
Réfrigérateur10 ans
Cuisinière, lave-vaisselle, lave-linge15 ans
Stores en tissu15 ans
Émail de la baignoire20 ans

Un exemple : vous avez taché la moquette du salon, posée sept ans avant votre départ. Son remplacement coûte 3 000 francs, et sa durée de vie est de dix ans. Il lui restait trois années sur dix : vous devez au plus 30 % de la facture, soit 900 francs. Posée onze ans plus tôt, elle ne vous coûterait rien.

Pour faire ce calcul, demandez au bailleur l’année de pose ou de la dernière rénovation de l’élément. Le procès-verbal d’entrée l’indique souvent.

Avant l’état des lieux : se préparer

  • Relisez le procès-verbal d’entrée. Tout dégât qui y figure n’est pas le vôtre. À défaut de procès-verbal, c’est au bailleur de prouver que le dégât n’existait pas à votre arrivée.
  • Demandez un pré-état des lieux si la régie le propose, quelques semaines avant le départ. Vous saurez ce qu’elle relèvera, et aurez le temps de réparer vous-même.
  • Faites les petites réparations : reboucher les trous de chevilles, remplacer une ampoule, un joint ou une poignée cassée. Ce sont les menus travaux du locataire (CO, art. 259).
  • Nettoyez à fond : cuisine, four, hotte, salle de bains, fenêtres, stores, cave et galetas. Si vous confiez le nettoyage à une entreprise, choisissez-en une qui garantit la reprise et revient si la régie refuse.
  • Photographiez chaque pièce la veille, avec la date : murs, sols, appareils, compteurs.
  • Rassemblez toutes les clés, y compris celles que vous avez fait refaire. Une clé manquante peut coûter le remplacement d’un cylindre, voire de toute une installation.

Le jour de l’état des lieux : ce qu’il faut signer, ou pas

  • Soyez présent, ou faites-vous représenter par une personne de confiance munie d’une procuration.
  • Faites noter les relevés de compteurs et le nombre de clés rendues.
  • Relisez le procès-verbal avant de signer. Votre signature confirme l’état décrit. Vérifiez que chaque défaut est précis : la pièce, l’endroit, la taille.
  • Vous n’êtes pas obligé de signer. Si vous n’êtes pas d’accord, signez avec une réserve écrite, par exemple : « état constaté, responsabilité contestée ». Ou ne signez pas, et écrivez votre position au bailleur le jour même.
  • Ne signez pas sur place une reconnaissance de dette ni une convention de sortie qui fixe un montant. Rien ne vous y oblige : prenez le temps de vérifier le calcul et d’appeler votre assurance.
  • Demandez une copie immédiate du procès-verbal, sur papier ou dans un format qu’on ne peut plus modifier.

Après la remise : le délai du bailleur

Le bailleur doit vérifier le logement à la restitution et vous signaler immédiatement les défauts dont il vous tient pour responsable. S’il ne le fait pas, vous êtes déchargé de toute responsabilité, sauf pour les défauts qu’une vérification usuelle ne permettait pas de voir. Ces défauts cachés, il doit vous les signaler dès qu’il les découvre (CO, art. 267a).

« Immédiatement » s’entend en pratique de deux ou trois jours ouvrables, par écrit. Un défaut que le bailleur découvre des semaines plus tard, ou que le locataire suivant signale, ne peut plus vous être reproché s’il était visible le jour de l’état des lieux.

  • Si vous recevez une facture, demandez le détail : l’élément, son année de pose, le calcul au prorata. Refusez ce qui relève de l’usure normale.
  • Transmettez-la à votre RC privée avec le procès-verbal, sans rien payer ni reconnaître avant sa réponse.
  • La garantie de loyer reste bloquée tant que le bailleur et vous n’êtes pas d’accord, ou pendant un an après la fin du bail s’il agit contre vous. Le détail est dans notre guide garantie de loyer.
  • En cas de désaccord persistant, l’autorité de conciliation en matière de bail tranche d’abord, sans frais judiciaires (CPC, art. 113, al. 2, let. c).

Ce que paie votre RC privée à la sortie

La RC privée couvre les dommages que vous causez au logement loué, si votre contrat comprend les dommages aux locaux loués, ce qui est le cas de la plupart des contrats destinés aux locataires. Elle paie au bailleur la part que vous devez, après le calcul selon la durée de vie et sous déduction de votre franchise. Elle examine aussi sa demande, et peut refuser à votre place ce qui n’est pas dû.

Ce que la RC privée paie en règle générale à la sortie. Les conditions exactes figurent dans votre police.
SituationLa RC privée paie ?
Tache, brûlure ou déchirure sur la moquetteOui, au prorata, moins la franchise
Parquet rayé profondément par un meubleOui, au prorata, moins la franchise
Traces de griffes de votre chat ou de votre chienOui en général, selon le contrat
Vitrocéramique fendueSouvent l’option bris de glace de l’assurance ménage plutôt que la RC
Usure normale des murs et des solsNon : ce n’est pas un dommage, et vous ne la devez pas
Nettoyage de fin de bailNon
Trous à reboucher, petites réparationsNon : ce sont les menus travaux du locataire
Remise en état d’une pièce peinte sans accordNon : ce n’est pas un dommage accidentel
Clé perdue et cylindre à changerSeulement avec une option clés, selon le contrat

Comparez la facture et votre franchise : pour un petit dégât de 150 francs, déclarer un sinistre peut ne rien rapporter. Pour une moquette ou un parquet, la différence est souvent de plusieurs centaines de francs.

Ce qu’il faut retenir

  • Vous rendez le logement dans l’état d’un usage normal : l’usure est au bailleur, les dégâts sont à vous (CO, art. 267).
  • Vous ne payez jamais le neuf : seulement la valeur qui restait à l’élément, selon sa durée de vie.
  • Vous n’êtes pas obligé de signer le procès-verbal, ni une reconnaissance de dette sur place. Une réserve écrite suffit à contester.
  • Le bailleur doit signaler les défauts immédiatement, en pratique dans les deux ou trois jours ouvrables ; sinon, vous êtes déchargé, sauf défauts cachés (CO, art. 267a).
  • Votre RC privée paie les dégâts reconnus au prorata, moins la franchise, si elle couvre les locaux loués. Pas l’usure, ni le nettoyage, ni les menus travaux.

Vous déménagez ? Votre RC privée suit votre nouvelle adresse, et c’est le bon moment pour vérifier qu’elle couvre les locaux loués. Demandez une offre comparée pour votre RC privée, seule ou avec votre assurance ménage.