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Assurance maternité en Suisse : LAMal, APG, complémentaires

Ce que la LAMal paie sans franchise, les quatorze semaines d’allocation APG et ce qui relève des complémentaires : le guide complet de la maternité en Suisse.

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Femme enceinte assise au sol dans une chambre lumineuse, pliant des vêtements de bébé près d’un berceau

Trois régimes se partagent la maternité en Suisse. La LAMal prend en charge les soins liés à la grossesse et à l’accouchement, sans franchise ni quote-part. Le régime des APG verse l’allocation de maternité pendant quatorze semaines. Les complémentaires couvrent le confort et le libre choix, mais elles se signent avant la conception.

Trois assurances derrière un seul mot

Une future mère qui cherche « assurance maternité » cherche en réalité la réponse à trois questions distinctes : qui paie les consultations et l’accouchement, avec quoi vivre pendant le congé et que reste-t-il à sa charge si elle veut une chambre à elle. Trois textes différents y répondent, et ils ne se demandent pas au même guichet.

Les trois régimes qui interviennent à la naissance d’un enfant.
Ce que vous cherchezLe régimeÀ qui s’adresser
La prise en charge des soinsLAMal, l’assurance de baseVotre caisse maladie
Un revenu pendant le congéAPG, allocation de maternitéLa caisse de compensation AVS
Le confort et le libre choixLCA, les complémentairesUn assureur privé, avant la grossesse

Le premier est obligatoire et rembourse exactement la même chose chez tous les assureurs. Le deuxième ne passe pas du tout par votre caisse maladie. Le troisième est un contrat de droit privé, et c’est le seul des trois qui puisse vous être refusé.

Que paie exactement l’assurance de base ?

L’assurance obligatoire des soins couvre le suivi de grossesse, l’accouchement et les suites, dans des quantités fixées par l’ordonnance. Ce ne sont pas des enveloppes négociables d’un assureur à l’autre : ce sont des nombres, publiés par l’OFSP.

Prestations de maternité prises en charge par l’assurance obligatoire des soins, état 2026.
PrestationPrise en charge
Contrôles de grossesse7 examens pour une grossesse normale ; renouvelés selon les besoins si la grossesse est à risque
Échographies2, entre la 12ᵉ et la 14ᵉ semaine puis entre la 20ᵉ et la 23ᵉ
Préparation à l’accouchementContribution de CHF 150, en cours collectif, en cours individuel ou en entretien de conseil avec une sage-femme
AccouchementÀ domicile, à l’hôpital ou en maison de naissance figurant sur la liste hospitalière cantonale
Conseils d’allaitement3 séances, par une sage-femme ou un personnel infirmier formé
Suivi à domicile par une sage-femme10 visites dans les 56 jours ; 16 après une césarienne, une naissance prématurée, une naissance multiple ou un premier enfant
Contrôle après l’accouchement1 examen entre la 6ᵉ et la 10ᵉ semaine

Le dépistage prénatal suit ses propres règles, plus strictes. Le test du premier trimestre est pris en charge pour dépister les trisomies 21, 18 et 13. Le test prénatal non invasif l’est aussi, mais seulement lorsque ce premier test a révélé un risque supérieur ou égal à 1 pour 1 000. Une future mère qui demande un DPNI pour se rassurer alors que son risque calculé est plus faible le paiera elle-même.

Ce catalogue est identique chez les trente-quatre assureurs du pays. L’assurance de base ne se distingue pas par ce qu’elle rembourse, mais par ce qu’elle coûte : à prestations rigoureusement égales, l’écart de prime entre deux caisses d’une même région dépasse souvent CHF 150 par mois. C’est le seul endroit où il y a encore quelque chose à gagner, et il se mesure en quelques minutes avec le comparateur de primes.

Faut-il payer une franchise quand on accouche ?

Non, et c’est la partie la plus mal comprise du dispositif. La loi distingue deux ensembles de prestations, avec deux règles d’exemption différentes.

  • Les prestations spécifiques de maternité (contrôles, échographies, accouchement, conseils d’allaitement, suivi par une sage-femme) sont exemptées de toute participation, quelle que soit la semaine de grossesse. Un contrôle réalisé à la 8ᵉ semaine en fait partie.
  • Les prestations générales de maladie sont exemptées à partir de la 13ᵉ semaine de grossesse et jusqu’à huit semaines après l’accouchement. Sur cette période, une angine, une fracture ou une hospitalisation sans aucun rapport avec la grossesse ne vous coûtent rien non plus.

Exemptée veut dire exemptée de tout : ni franchise, ni quote-part de 10 %, ni la contribution de CHF 15 par jour d’hospitalisation. Une femme qui accouche à l’hôpital ne paie pas cette contribution journalière, contrairement à un adulte hospitalisé pour une autre raison.

Une conséquence pratique passe souvent inaperçue. Tant que la règle actuelle s’applique, entre la conception et la 13ᵉ semaine, tout ce qui n’est pas une prestation spécifique de maternité reste à votre charge sur votre franchise habituelle. Sur les mois couverts par l’exemption, en revanche, le montant de votre franchise n’a plus le moindre effet. Il en garde un avant la 13ᵉ semaine et après la huitième semaine post-partum : c’est là, et seulement là, que se joue l’arbitrage entre franchise haute et franchise basse l’année d’une naissance.

Ce qui doit changer au 1ᵉʳ janvier 2027

Le Parlement a adopté en mars 2025 une modification de la LAMal : l’exemption s’appliquera dès le premier jour de la grossesse, attestée par un médecin ou une sage-femme, pour les soins en cas de maladie, d’accident et d’infirmité congénitale. Il n’y aura donc plus de période sans exemption avant la 13ᵉ semaine. L’entrée en vigueur est prévue au 1ᵉʳ janvier 2027, selon l’OFSP ; jusque-là, la règle des 13 semaines s’applique. Nous mettrons ce guide à jour dès que la date sera confirmée.

Combien coûte un accouchement ?

En division commune, vous ne payez rien pour l’accouchement lui-même : la facture est partagée entre votre canton, qui en paie au moins 55 %, et votre caisse. Le prix est fixé par un forfait, selon le type d’accouchement, multiplié par le tarif de base de l’hôpital. Pour donner un ordre de grandeur, voici ce que représentent les forfaits de 2026 au tarif de référence genevois.

Forfaits SwissDRG 2026 (catalogue version 15.0) multipliés par le tarif de référence 2025 du canton de Genève (9 825 francs dans un hôpital non universitaire, 11 050 francs dans un hôpital universitaire). Accouchement sans complication. Calcul Trusteo.
SituationForfaitDurée moyenneHôpital non universitaireHôpital universitaire
Accouchement par voie basse0,564 point3,1 joursenviron 5 540 francsenviron 6 230 francs
Césarienne0,788 point3,6 joursenviron 7 740 francsenviron 8 710 francs
Nouveau-né en bonne santé0,224 point3,1 joursenviron 2 200 francsenviron 2 480 francs

Une complication, une naissance prématurée ou un séjour plus long font passer à un forfait plus élevé, toujours sans participation pour vous. En division semi-privée ou privée, une complémentaire paie en plus les honoraires du médecin choisi et la chambre : c’est ce supplément, et lui seul, qui dépend de votre contrat.

Et si la grossesse se complique ?

Les nombres du tableau plus haut décrivent une grossesse qui se déroule normalement. Dès qu’une grossesse est qualifiée à risque, ils cessent d’être des plafonds. Les contrôles sont renouvelés selon les besoins, et des échographies supplémentaires sont prises en charge lorsqu’elles sont médicalement nécessaires. Aucun quota ne s’oppose à une indication médicale.

Les coûts qui résultent de complications de la grossesse ou de l’accouchement sont couverts au même titre que l’accouchement lui-même. Une césarienne non programmée, un séjour prolongé, un transfert vers un service spécialisé : ces situations relèvent des prestations de maternité, avec l’exemption de participation qui va avec. Une femme qui accouche dans des conditions difficiles ne reçoit pas de facture pour cette raison.

La règle rassure sur le plan financier, et elle change la façon de choisir son établissement. Le risque médical est déjà pris en charge par l’assurance de base, partout, dans tous les hôpitaux de la liste cantonale. Ce qu’une complémentaire achète, c’est le confort du séjour et le choix du médecin, pas un meilleur niveau de sécurité.

Combien touche-t-on pendant le congé maternité ?

L’allocation de maternité relève du régime des allocations pour perte de gain, et non de l’assurance maladie. Elle se demande auprès de la caisse de compensation AVS de votre employeur ou, si vous êtes indépendante, de la vôtre. Personne ne vous la versera spontanément : la demande vous incombe.

Trois conditions doivent être réunies au moment de l’accouchement, selon l’OFAS :

  1. avoir été assurée obligatoirement au sens de la LAVS pendant les neuf mois qui précèdent l’accouchement ;
  2. avoir exercé une activité lucrative durant au moins cinq de ces neuf mois ;
  3. exercer une activité lucrative au moment de l’accouchement.

L’indemnité vaut 80 % du revenu moyen réalisé avant l’accouchement, plafonnée à CHF 220 par jour en 2026. Ce plafond est atteint dès un salaire mensuel de CHF 8 250, ou un revenu annuel de CHF 99 000 pour une indépendante. Au-delà, ce qui vous sera versé dépend de votre employeur ou de votre convention collective, plus de la loi.

Le congé dure quatorze semaines. L’autre parent a droit à deux semaines, au même taux et sous le même plafond, à prendre dans les six mois qui suivent la naissance. L’allocation est portée sur votre compte individuel AVS : elle compte donc dans le calcul de votre rente future, ce qui n’est pas le cas d’un congé non payé.

Ce que la LAMal ne paie pas

La liste est courte. Elle chiffre vite.

  • La chambre. En division commune, vous partagez, et vous ne choisissez pas avec qui.
  • Le libre choix du médecin. En assurance de base, vous êtes suivie par l’équipe de garde, pas nécessairement par le gynécologue qui vous a accompagnée neuf mois.
  • L’établissement hors liste cantonale. Une maison de naissance ou une clinique absente de la liste n’est pas prise en charge par l’assurance de base.
  • Les cours de préparation au-delà de CHF 150, et les approches non inscrites au catalogue.
  • Le confort autour du séjour : chambre familiale, présence du second parent la nuit, prolongation de séjour sans indication médicale.

Le cas de l’hôpital hors canton mérite d’être détaillé, parce qu’il surprend. Vous pouvez accoucher dans un hôpital répertorié d’un autre canton que le vôtre : le droit au libre choix existe. L’assureur et votre canton de résidence prennent alors leur part jusqu’à concurrence du tarif applicable dans un établissement répertorié de votre propre canton. Si la clinique choisie facture davantage, la différence est pour vous, ou pour votre complémentaire.

Tout cela relève des assurances complémentaires, et plus précisément de l’assurance hospitalisation pour ce qui touche au séjour. Le choix entre division commune, semi-privée et privée est détaillé dans notre comparatif des modèles privé, semi-privé et flexible.

Le calendrier qui décide de tout

Une complémentaire se signe avant la grossesse. Pas au test positif, pas au premier rendez-vous chez le gynécologue : avant.

La raison tient à un déséquilibre entre les deux régimes. L’assurance de base doit accepter tout le monde, sans questionnaire de santé, sans réserve et sans délai d’attente. Les complémentaires relèvent de la loi sur le contrat d’assurance, et ch.ch le formule sans détour : l’assureur peut poser des questions sur votre état de santé, émettre une réserve, ou refuser purement et simplement l’affiliation.

Une grossesse en cours est une dépense connue, datée et chiffrable. En pratique, elle ferme la porte des garanties d’hospitalisation pour cette naissance-là : soit par un refus, soit par une réserve qui exclut précisément l’accouchement. Les délais d’attente, les questionnaires et les exclusions varient d’un contrat à l’autre, et seule la police fait foi.

L’ordre des opérations, quand la complémentaire compte : obtenir l’acceptation écrite d’abord, concevoir ensuite. Dans l’autre sens, il n’existe pas de rattrapage.

Et le bébé ?

L’exemption de la mère ne se transmet pas à l’enfant. Dès sa naissance, il est un assuré à part entière, avec sa prime, sa franchise et sa quote-part. Une nuance compte pourtant. Tant qu’il est en bonne santé et reste à l’hôpital avec sa mère, ses soins et son séjour font partie des prestations de maternité, payés sans participation (article 29 LAMal). S’il doit être soigné, en néonatologie par exemple, c’est sa propre assurance qui paie, avec sa quote-part.

L’affiliation à l’assurance de base doit intervenir dans les trois mois qui suivent la naissance. Faite dans ce délai, elle prend effet rétroactivement au jour de la naissance, comme le précise l’OFSP. L’enfant n’est donc jamais découvert, à condition de ne pas laisser filer le délai.

Pour les complémentaires de l’enfant, la logique du calendrier revient, décalée d’une génération. Une assurance prénatale souscrite pendant la grossesse fait admettre l’enfant sans questionnaire de santé sur le nouveau-né. Une malformation ou une prématurité découverte à la naissance ne peut alors plus fonder une réserve. Les démarches et leur calendrier sont détaillés dans notre guide de l’assurance prénatale.

Les garanties utiles ensuite (orthodontie, lunettes, accidents) forment une autre décision, qui peut attendre les premiers mois. Notre page assurance enfant les situe les unes par rapport aux autres. Toutes les démarches, de la grossesse aux 6 mois de l’enfant, sont dans notre checklist bébé en route.

Peut-on changer de caisse en étant enceinte ?

Oui, pour l’assurance de base, sans la moindre restriction. Une caisse admise doit accepter toute personne soumise à l’obligation de s’assurer : ni questionnaire, ni réserve, ni délai d’attente. Une grossesse n’est pas un motif de refus et n’autorise aucune surprime.

Le calcul vaut la peine d’être fait, précisément parce que le catalogue des prestations de maternité est le même partout : vous ne perdez rien en changeant. Les échéances et la séquence à respecter sont détaillées dans notre article sur comment changer de caisse maladie.

La réponse s’inverse pour la complémentaire. Rien n’oblige un nouvel assureur à vous accepter, et une grossesse en cours pèsera sur sa décision. Ne résiliez jamais l’ancienne avant d’avoir l’acceptation écrite de la nouvelle : entre les deux, vous ne seriez couverte par personne.

Ce qu’il faut retenir

  • L’assurance de base couvre la maternité sans franchise, sans quote-part et sans contribution hospitalière. Le catalogue est identique chez tous les assureurs : seule la prime change.
  • L’exemption des prestations générales court de la 13ᵉ semaine de grossesse à huit semaines après l’accouchement. Une réforme adoptée par le Parlement doit l’étendre dès le premier jour de grossesse, avec une entrée en vigueur prévue au 1ᵉʳ janvier 2027.
  • L’allocation de maternité vaut 80 % du revenu, plafonnée à CHF 220 par jour en 2026, pendant quatorze semaines. Elle se demande à la caisse de compensation AVS, pas à la caisse maladie.
  • Les complémentaires se signent avant la conception. Une fois la grossesse déclarée, la porte de l’hospitalisation privée est fermée pour cette naissance.
  • Le bébé a sa propre assurance dès le premier jour. Trois mois pour l’affilier à la base, avec effet rétroactif ; et la prénatale se décide, elle, pendant la grossesse.

Le droit des assurances est plein de cas particuliers : activité indépendante, chômage à l’accouchement, domicile à l’étranger, grossesse multiple, réserve déjà inscrite sur un contrat existant. Les règles ci-dessus valent en principe, et une police peut prévoir autre chose. Avant de signer ou de résilier quoi que ce soit pendant une grossesse, faites relire votre situation réelle.