← Tous les conseilsPrévoyance · 3e pilier · 8 min

À quel âge commencer un 3e pilier ? Tôt, et jamais trop tard

Dès le premier salaire soumis à l’AVS, jusqu’à 70 ans si vous travaillez encore. Ce que dix ans de plus changent, et ce qu’on gagne à 50 ans.

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Trois générations autour d’une table de jardin en été, une jeune femme, un homme d’âge mûr et une grand-mère, vus de côté

On peut ouvrir un 3e pilier dès le premier salaire soumis à l’AVS, en général à 18 ans, et y verser jusqu’à 65 ans, ou 70 si l’on travaille encore. Le meilleur moment est le plus tôt possible : chaque année de plus fait travailler le capital et rapporte une déduction. Mais un 3a ouvert à 50 ans reste un excellent calcul, parce que la déduction vaut chaque année, quel que soit le nombre d’années qui restent.

À partir de quel âge peut-on ouvrir un 3a ?

La loi ne fixe pas d’âge. L’ordonnance sur la prévoyance liée (OPP 3, art. 7) réserve le 3a aux salariés et aux indépendants, ce qui revient à dire : à toute personne qui a un revenu soumis à l’AVS. Or l’obligation de cotiser à l’AVS pour une activité lucrative commence le 1ᵉʳ janvier qui suit le 17ᵉ anniversaire (LAVS, art. 3). Un apprenti de 18 ans, un étudiant qui travaille à côté de ses cours, un jeune qui enchaîne des petits contrats : tous peuvent ouvrir un 3a, et déduire ce qu’ils y versent.

Le montant n’a pas besoin d’être le maximum. Le plafond de 7 258 francs en 2026 est une limite, pas un minimum ; la plupart des fondations acceptent des versements de quelques dizaines de francs. Ce qui compte à 20 ans, c’est d’avoir le compte, et l’habitude.

Pourquoi le plus tôt est-il le mieux ?

Pour deux raisons qui s’additionnent. La première est fiscale : chaque année de versement est une année de déduction. Dix ans de plus, c’est dix déclarations d’impôts allégées, à votre taux marginal. Cet argent-là ne se rattrape pas : les lacunes antérieures à 2025 sont définitivement closes, et celles nées depuis ne se comblent que dans une fenêtre de dix ans.

La seconde est le temps. Un capital placé travaille d’autant plus longtemps qu’il est versé tôt, et les premières années pèsent plus que les dernières, parce que leurs rendements produisent à leur tour des rendements. Le tableau ci-dessous suppose le versement du maximum 2026, chaque année, à un rendement annuel constant. Ce sont des hypothèses de calcul, pas des promesses : le rendement dépend du placement choisi, un compte rapportant moins, un fonds plus, avec des fluctuations.

Capital théorique au terme, pour 7 258 francs versés chaque année, selon la durée et un rendement annuel hypothétique. Montants arrondis, avant impôt au retrait.
DuréeVersé au totalÀ 1 % par anÀ 3 % par anÀ 5 % par an
40 ans (dès 25 ans)290 300354 800547 300876 800
30 ans (dès 35 ans)217 700252 500345 300482 200
20 ans (dès 45 ans)145 200159 800195 000240 000
10 ans (dès 55 ans)72 60075 90083 20091 300

Lisez la colonne de droite de bas en haut. Entre commencer à 35 ans et commencer à 25 ans, il y a dix versements de plus, soit 72 600 francs ; à 5 % de rendement, la différence au terme dépasse 390 000 francs. Ce n’est pas le versement qui fait l’écart, c’est le temps qu’il a eu devant lui. Personne ne sait quel sera le rendement des trente prochaines années. Tout le monde sait combien d’années il lui reste.

Est-il trop tard à 40, 50 ou 60 ans ?

Non, et la raison tient dans la première colonne du tableau, pas dans la dernière. La déduction ne dépend pas de la durée. Quelqu’un qui verse 7 258 francs à 58 ans obtient exactement la même économie d’impôt, cette année-là, que quelqu’un qui les verse à 28 ans. Sur dix ans, de 55 à 65 ans, ce sont dix déductions pleines, et 72 600 francs mis à l’abri de l’impôt sur la fortune. Le rendement ajoutera peu, faute de temps ; la déduction, elle, fait tout le travail.

Après 50 ans, le calcul devient même plus simple. Le revenu est souvent à son plus haut, donc le taux marginal aussi, donc chaque franc versé rapporte davantage. Et le retrait n’est plus si loin : l’argent bloqué l’est pour dix ans, pas pour quarante. Le 3a tardif est moins une épargne de long terme qu’un outil fiscal avec un capital au bout.

  • À 40 ans : encore vingt-cinq versements possibles. Le temps joue encore, un placement en fonds a du sens, et c’est l’âge où ouvrir un second compte devient utile pour étaler l’impôt au retrait.
  • À 50 ans : quinze versements, au taux marginal le plus élevé de votre vie. Le rendement compte moins, la déduction compte plus. Un compte par tranche de quelques dizaines de milliers de francs.
  • À 60 ans : cinq versements avant l’âge de référence, puis cinq de plus si vous travaillez encore (OPP 3, art. 7, al. 3). Le retrait pouvant intervenir dès 60 ans, on peut même verser et retirer un autre compte la même année.
  • Après 65 ans : possible jusqu’à 70 ans, uniquement avec un revenu d’activité soumis à l’AVS. Le plafond s’applique tel quel, et la déduction aussi.

Faut-il attendre d’avoir « les moyens » ?

C’est l’erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse. Le raisonnement paraît sage : on verra plus tard, quand le salaire aura augmenté, quand le prêt étudiant sera remboursé, quand les enfants seront grands. En attendant, les années passent, et aucune ne se rattrape. Un 3a à 100 francs par mois ouvert à 22 ans vaut mieux qu’un 3a au maximum ouvert à 32, pour deux raisons : les dix ans de rendement, et l’habitude, qui fait qu’à 32 ans on augmente un versement existant au lieu de repartir de zéro.

L’argument fiscal joue moins pour un jeune revenu, c’est vrai : à un taux marginal bas, la déduction pèse peu. Mais l’argent bloqué, lui, est à l’abri de tout, y compris de soi-même. Beaucoup de trentenaires découvrent qu’ils ont épargné sans s’en apercevoir, parce que le versement partait avant qu’ils ne voient l’argent.

Par quoi commencer, selon l’âge

  1. Premier salaire, apprentissage, études avec un emploi : un compte 3a bancaire, un versement mensuel modeste, et rien d’autre. Pas d’assurance tant qu’il n’y a personne à protéger.
  2. Premier vrai poste, vers 25 ans : viser le plafond dès que le budget le permet. Un placement en fonds a le temps de traverser les creux. Un second compte quand le premier atteint quelques dizaines de milliers de francs.
  3. Couple, enfant, logement : c’est le moment où la protection compte. Une part en assurance, ou une assurance décès à côté du compte, et un 3a par conjoint qui travaille.
  4. Après 50 ans : le maximum chaque année, sur plusieurs comptes, avec le retrait déjà en tête. Vérifier les lacunes depuis 2025 et les combler pendant qu’elles sont encore ouvertes.
  5. Après 60 ans : continuer tant qu’il y a un revenu, et retirer les comptes un par un, sur plusieurs années, pour que l’impôt reste bas.

Le 3a suit-il les changements de vie ?

Oui, et c’est une raison de plus de ne pas attendre. Un 3a ouvert à 20 ans n’engage à rien pour les quarante années suivantes. On change d’employeur sans y toucher : le compte est à votre nom, pas à celui de l’entreprise. On déménage dans un autre canton sans le fermer. On passe d’un compte bancaire à un fonds, ou d’un établissement à un autre, par simple transfert, sans retrait ni impôt. On réduit le versement une année difficile, on l’augmente l’année d’une promotion, on comble ensuite la lacune si elle est née après 2025.

Seule une police d’assurance engage sur une durée, et c’est précisément ce qu’on lui demande : la protection qu’elle apporte a un prix, celui de la régularité. Pour l’épargne pure, le compte reste libre. Commencer tôt, ce n’est donc pas se lier les mains ; c’est ouvrir une porte qu’on peut franchir à son rythme, et que le temps referme lentement derrière soi.

Ce qu’il faut retenir

  • Le 3a s’ouvre dès le premier revenu soumis à l’AVS, en général à 18 ans, et se remplit jusqu’à 65 ans, 70 pour qui travaille encore.
  • Le plus tôt est le mieux, pour deux raisons : dix ans de déductions ne se rattrapent pas, et le temps multiplie le capital plus sûrement que le montant.
  • Il n’est jamais trop tard : la déduction vaut autant à 58 ans qu’à 28, et davantage si le revenu est plus élevé.
  • Le seul « trop tard » est celui de l’assurance, tarifée sur l’âge et la santé du jour de la signature.
  • Commencer petit vaut mieux qu’attendre de pouvoir commencer grand.

Les chiffres du tableau sont des hypothèses de calcul, et le plafond de 7 258 francs est celui de 2026, sujet à adaptation. Le reste est du droit fédéral en vigueur. Si vous hésitez sur la forme, le montant ou la répartition entre compte et assurance, faites poser vos chiffres à plat une fois, à l’âge que vous avez : c’est toujours le bon.